La Guerre d’Hiver : Finlande – URSS

CLERC, Louis. La Guerre Finno-Soviétique (novembre 1939 – mars 1940). Econimica, 2015. 212 p.

 

Le cas de la Finlande durant la Seconde Guerre mondiale m’a toujours impressionné, quoique jusqu’à présent je m’étais surtout concentré sur le cas aérien notamment à travers les travaux (en anglais) de Kari Stenman. Souhaitant actuellement étendre un peu des intérêts hors du domaine strictement aérien, j’ai cherché à me documenter davantage sur la Guerre d’Hiver et celle dite de Continuation.

Je suis, alors, tombé sur ce livre qui m’a rapidement attiré pour plusieurs raisons :
1 ° : Il est en français, cela change de lire en anglais ;
2 ° : On est rarement déçu par la qualité de la collection « Campagne et Stratégies » chez Economia ;
3 ° : L’auteur est signalé comme enseignant à l’Université de Turku en Finlande, ce qui laisse supposer un accès aux archives et documentations du pays, et non comme trop souvent à partir de sources secondaires traduites. Sur ce point, aucune déception vu la très riche bibliographie, dont une grosse partie en Finlandais.

Pour le reste, l’ouvrage est assez classique pour ce type d’histoire militaire, je ne reviendrais pas dessus.

Le gros intérêt réside dans quelques découvertes (tout au moins pour moi) :
1 ° : Si l’armée finlandaise a combattu héroïquement vu ses moyens, force est de constater que la Guerre d’Hiver se termine par un véritable miracle pour le pays. À la fin de la campagne, l’armée finlandaise est au bord de l’effondrement complet et il aurait été très facile pour l’Armée rouge d’occuper le pays. Heureusement pour les Finlandais, les dirigeants soviétiques sont impatients d’en terminer.
2 ° : Malgré sa résistance, le traité de Paix est extrêmement lourd sur le plan territorial pour la Finlande. On est loin de la semi-victoire ou défaite honorable souvent présenté. On comprend ici aisément la suite des événements et l’alliance avec l’Allemagne en 1941.
3 ° : Paradoxalement cette défaite se transforme partiellement en victoire du fait que le pays évite une annexion (ou Protectorat) par l’URSS. En outre, le souvenir de cette Guerre d’Hiver poussera les Soviétiques à accepter une paix de compromis en 1944 qui évitera à la Finlande d’être englobée totalement dans la sphère d’influence soviétique après la guerre.
4 ° : On est étonné par la faiblesse du soutien scandinave notamment suédois (malgré les traités et promesses d’avant-guerre). La Finlande est clairement laissée seule.
5 ° : À noter que l’ouvrage n’est pas uniquement sur la chose militaire, mais comporte de nombreux passages sur les structures sociales et l’attitude de la population afin de mieux comprendre cet affrontement de l’intérieur. C’est clairement ici qu’on voit l’avantage de disposer d’un auteur vivant sur place et lisant dans la langue locale.
5 ° : On appréciera beaucoup à la fin la petite mise en perspective sur le souvenir de cette guerre dans la mémoire russe et surtout finlandaise. Intéressant pour comprendre les positionnements sur le plan politique et international de ce pays actuel.

Clairement une synthèse de très haute qualité pour appréhender ce conflit parfois oublié ou présenté d’une façon très succincte. Et en français de surcroît.

Il ne reste plus qu’à espérer une suite sur « La Guerre de Continuation ».

NB : Juste deux (petites) critiques, l’absence d’illustration (mais c’est propre à la collection) et les cartes relativement peu lisibles (souvent en gros zoom et avec une multitude de noms de villages ou lieux, pas évident lorsqu’on ne maîtrise pas la géographie locale).

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L’aviation en 1917

MECHIN, David. 1917 : La Grande Guerre, du chemin des Dames aux Flandres, l’impasse. Batailles Aériennes n°81 (juillet – septembre 2017). 97 p.

Je ne suis plus un acheteur régulier de la revue Batailles Aériennes, en raison des choix de sujets et auteurs des derniers numéros (chacun ses préférences). Mais, cette fois-ci vu l’auteur (David Méchin) et le sujet, je n’ai pas hésité une seule seconde.

Comme d’habitude, on tient en mains une synthèse de très haute qualité sur l’aviation durant l’année 1917. Tout y passe : les principales forces aériennes (France – Angleterre – Allemagne), mais aussi celle plus secondaire comme la Russie Impériale (4 pages), l’Italie (5 pages), mais aussi les Ottomans (2 pages). On trouve, en outre, quelques mentions sur l’Autriche-Hongrie (malheureusement là encore le parent pauvre de toute étude sur la guerre), et les Belges. De la même façon, si l’étude se concentre essentiellement sur le front français, les autres aspects / théâtre d’opérations ne sont pas oubliés : la bataille aéronavale, le bombardement stratégique, les fronts russes et italiens ainsi que le front oriental. En passant par l’odyssée au tour du monde d’un hydravion à bord d’un fonceur de blocus allemand. On a, donc, un très large panorama de l’évolution et utilisation de l’arme aérienne durant cette avant-dernière année du conflit.

Pour le reste, les analyses de l’auteur montrent toujours un avantage certain pour la France, que ce soit au niveau de son industrie avec la sortie de modèles d’avions parmi les meilleurs, d’une capacité à adapter son organisation opérationnelle en fonction des besoins et des évolutions (une remarque déjà signalée dans l’ouvrage de François Cauchet et Rémy Porte sur l’Armée française), mais aussi pas l’excellente formation de ses pilotes. Preuve, accessoirement, que le système politique de la IIIe République, tellement décriée pour son instabilité, n’était pas si mauvais pour la prise de décision. La comparaison avec les Britanniques est ici assez flagrante en raison d’un matériel souvent inférieur (ou des difficultés à produire en nombre les bons modèles) et d’une capacité qualitative en termes de personnel très moyen. Il est vrai qu’à la lecture des taux de pertes hallucinants (12% de l’effectif initial du 9 avril au 30 avril 1917 ; 49% de l’effectif enragé durant la Bataille des Flandres), il était difficile d’imaginer quand on pense au flux d’arrivée nécessaire de nouveaux équipages – pilote et donc le raccourcissement des périodes de formation. Cercle vicieux classique. Il est étonnant qu’aux vues de ces lourdes pertes, que le commandement britannique reste attaché à sa doctrine de l’emploi offensif. Effectivement, il ne faisait pas bon de servir au sein du RFC.

Comme les trois numéros précédents, encore une excellente synthèse, vivement l’année prochaine pour l’année 1918.

À noter aussi une iconographie très riche.

L’Armée française de 1914 à 1918

COCHET, François ; PORTE, Rémy. Histoire de l’armée française, 1914-1918 : Evolutions et adaptations des hommes, des matériels et des doctrines. Tallandier, 2017. 519 pp.

 

J’avais déjà vu la mention de cet ouvrage sur plusieurs sites / blog spécialisés avec des critiques globalement très positives. Il est vrai que les deux auteurs sont des spécialistes sur le sujet, ce qui donne une certaine confiance. J’ai, donc, décidé de sauter le pas est d’acheter ce livre.

Effectivement, on tient ici un pavé de très grande qualité, quoique je suis un peu mitigé sur un aspect. On est ici sur un livre destiné à un public connaissant un minimum (voir même très bien) la Première Guerre mondiale sur le front ouest. En effet, inutile d’espérer y trouver une chronologie des opérations, un récit précis d’un des affrontements ou autres. Ces aspects ne sont aucunement abordés. De même, la construction, quelque peu déconstruite, de l’analyse conduit à faire régulièrement des aller-retour d’une période à une autre, d’un aspect à l’autre. Il est évident que le lecteur ne maîtrisant pas le sujet sera en grande difficulté pour apprécier la lecture et les analyses faites par les deux auteurs. Je précise bien qu’il ne s’agit absolument pas d’une critique négative sur le livre, mais uniquement d’un avertissement aux lecteurs. Si votre objectif est de découvrir la participation française au conflit, il est préférable de passer votre chemin vers d’autres ouvrages.

Pour le reste, on est clairement sur un ouvrage référence, un de ces livres que tout passionné par le sujet doit avoir dans sa bibliothèque afin d’aller plus loin dans l’analyse, mais aussi pour s’y référer régulièrement à l’occasion d’autres lectures pour vérifier tel ou tel point.

J’ai, notamment, apprécié d’avoir un regard parfois différent des clichés régulièrement servis, notamment sur les Officiers et les relations avec les soldats ordinaires. Le début consacré à la présentation de l’armée au moment du déclenchement de la guerre avec une photographie sociologique de son personnel était aussi très intéressant, pour citer quelques exemples.

Un des gros points forts est aussi la multitude de témoignages dans le corps du texte : des extraits de rapports, mais aussi des lettres. Ces nombreux témoignages apportent un aspect très visuel pour mieux appréhender les analyses des auteurs, tout en rendant la lecture très agréable.

J’ai, cependant, deux regrets à la fin de la lecture : j’aurais aimé avoir une analyse comparative avec les autres forces armées (notamment Britannique et Allemande) afin de voir si on retrouve les mêmes difficultés et les solutions adoptées face à ces dernières (semblables ? différentes ?). Par ailleurs, le contenu est essentiellement concentré sur le front français, et il ne me semble pas avoir noté d’éléments concernant le front d’orient ou les opérations en Afrique (sauf le cas des unités de tirailleurs africains dans le cadre de l’emploi sur le front français).

Néanmoins, on est clairement sur un livre dont la lecture est fortement conseillée afin d’avoir une analyse sur la structure interne de l’armée française durant le conflit avec de pouvoir compléter utilement des ouvrages plus factuels sur les opérations militaires.

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Chronique du No.47 (RAF) Squadron

CLARK, Owen. Under Their Own Flag: A History of 47 Squadron 1916-1946. Fighting High Ltd, 2016. 160 pp.

 

Je reconnais avoir acheté l’ouvrage essentiellement pour la partie relative à la participation du No.47 (RAF) Squadron aux opérations aériennes en Afrique orientale. Sur ce point, le livre n’apporte pas grand-chose, le texte étant essentiellement une synthèse (de bonne qualité) des publications existantes sur le sujet. Je n’ai pas relevé d’informations nouvelles. À noter, par contre, plusieurs photographies des Wellesley probablement inédites (en tout cas, je ne l’ai avais jamais vu), ainsi que quelques éléments intéressants (notamment un poème rédigé par l’un des pilotes en référence aux événements du 13 octobre 1940.

Le reste du livre est, par contre, très, intéressant notamment, la période relative à la WWI (le Squadron ayant été basé sur le front d’Orient), puis la participation à la Guerre civile russe en appuie aux troupes des « Blancs » dans le sud. Cette partie constitue probable le centre de l’ouvrage et des recherches de l’auteur avec beaucoup de détails. Ne connaissant pas réellement le sujet de l’appui britannique, je ne serais en dire davantage sur le fond. Mais, en tout cas très instructif à lire.

Pour le reste, on peut noter quelques pages relatives aux opérations en Méditerranée Orientale et notamment liées aux événements dans le Dodécaèdre et l’île de Kos, ainsi que sur la participation à la campagne de Burma.

Dans l’ensemble, le texte est de qualité, avec pas mal de détails sur les missions. À noter, cependant, qu’on reste sur un texte de synthèse avec un certain éloignement vis-à-vis des pilotes et autres membres du Squadron, dont on ne dispose jamais réellement, d’une liste, n’étant cité que lors des événements choisis par l’auteur. De même les témoignages sont quasi-inexistants. On reste assez loin des deux pavés de Steve Brew consacré au No.41 Squadron.

Concernant la forme, je suis par contre très mitigé. Certes, le papier est agréable au touché, les photos sont très bien imprimées. Par contre, je suis désolé, mais, le texte réparti en trois colonnes sur chaque page avec une police inférieure à 12 (peut-être du 10 ?), c’est parfois assez désagréable pour la lecture…

De même, il est dommage de ne pas avoir une réelle bibliographie, une dizaine de sources étant pour moi insuffisante (surtout lorsque les 3/4 sont relatives à l’aventure russe). Pareil, pour les notes de pas de page (ou en fin d’ouvrage) presque absente. Cette double absence me gène toujours afin de pouvoir évaluer le travail de recherche effectué par l’auteur. 

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Luftwaffe en Irlande

HORGAN, Justin ; CUMMINS, Paddy : Luftwaffe Eagles over Ireland. Horgan Press, 2016. 340 p.

 

Comme j’avais vu ce bouquin cité à plusieurs reprises sur certains forums, et le côté exotique du sujet. J’avais, par ailleurs, déjà lu un bouquin consacré à l’aviation militaire irlandaise (O’MALLEY, Michael C. Military Aviation in Ireland : 1921 – 1945). Donc, je reconnais avoir été légèrement attiré par ce livre.

Au final, après lecture, je suis très embêté, car le livre ne m’a finalement absolument pas intéressé, et je pense le revendre. Je suis embêté, car le livre est de grande qualité. Un beau papier, plein d’illustration (documents des différents aviateurs concernés, extrait des rapports irlandais de l’époque ou des ORB des Squadrons de la RAF, extrait de la presse, des jolies photos des lieux actuels des « crashes et atterrissages »), une présentation très agréable (sauf, le texte non justifié, c’est moche pour les yeux).
Le texte est constitué d’environ 20 chapitres racontant chacun l’histoire d’un de ces avions allemands (si j’ai bien compris, tous ne sont pas présentés notamment lorsque les informations sont quasi-inexistantes). Avec en général, pas mal de détails relatifs au vol de l’avion allemand, aux événements côté RAF lorsqu’il y a eu interception, le déroulement de l’atterrissage forcé en Ireland et la chaîne d’événement jusqu’à l’internement). Là encore, je n’ai aucune critique, c’est très complet et parfaitement illustré.

Mais, je n’ai absolument pas accroché au livre, et j’ai rapidement tourné les derniers chapitres en regardant les photos.

J’ai regrettais le faible nombre de témoignages que ce soit les aviateurs allemands ou les Irlandais en contact avec eux. J’aurais aimé en savoir plus sur les conditions de vie dans le camp d’internement (malgré le témoignage d’un de ces Allemands avec des conditions qui semblent avoir été très agréables), ainsi qu’en savoir plus sur les rapports avec la population irlandaise puisqu’il semble avoir été nombreux et facile aux vues des informations. De même, l’auteur présente rapidement les différents moyens d’observations et de vigies en Ireland, mais j’aurais là encore aimé en apprendre davantage sur l’organisation mise en place pour géré la neutralité et pourquoi pas sur l’état de l’aviation militaire d’Irlande. Soit finalement des informations qui ne correspondent probablement pas au titre du livre et son objectif. 

Dans tous les cas, même si je n’ai pas réellement accroché à la lecture, l’ouvrage est de grande qualité que ce soit sous la forme et le fond, et il intéressera probablement d’autres personnes (je n’ai probablement pas assez réfléchi avant l’achat).

L’ouvrage est disponible directement à l’achat sur le site de l’auteur : http://www.horganpress.com/store/p1/shop

 

La campagne de Somalie : un très mauvais copier / coller

FERRARA, Orazio. La Regia Aeronautica nella Campagna del Somaliland (3 – 19 Agosto 1940). Roma : IBN, 2016. 188 pp.

À noter que contrairement à certains livres de cet éditeur, il est uniquement en Italien et non une version bilingue anglaise — italien.

Pour le reste, je suis très critique concernant le résultat. La moitié des photos ne concernent pas directement le sujet (la conquête de la Somalie britannique par les Italiens), mais davantage la RAF et SAAF au Soudan et Kenya avec notamment des légendes très discutables. Pour faire simple, tous les avions et pilotes sud-africains sont des « avieri inglesi » ou « con i colori inglesi » (un peu problématique, par exemple, pour les Ju.86 du No.12 (SAAF) Squadron). Autre exemple la photo du Lieutnant Adrian M. Colenbrander devant un Gloster Gladiator du No.2 (SAAF) Squadron basé à Wajir (Kenya) avec une légende : « Somaliland, relax di piloti inglesi ». Il est, par ailleurs, assez gênant de voir le Premier ministre sud-africain Jan Smuts signalé comme un officiel anglais…, lorsqu’on sait son impact politique dans la conduite des opérations en AOI. Je ne continue pas, car la quasi-totalité des photographies présente des gros problèmes de légendes. Plus grave, elles semblent avoir fait l’objet d’un simple copier – coller depuis le site internet de Tinus le Roux, cherchant sud-africain qui effectue un travail très impressionnant pour collecter les témoignages (photo, carnets et vol et autres) des pilotes sud-africains encore vivants ou de leurs familles. Procéder à un tel copier – coller, sans aucune autorisation est très limite, pour ne pas dire plus.
À défaut, on a au moins quelques photographies relatives à la Regia Aeroanutica.

On note encore de nombreuses erreurs dans l’ordre de bataille de la RAF, notamment le No.2 (SAAF) Squadron avec des Hartbees (point positif, l’auteur utilise le terme le plus cohérent pour nommer cet appareil, probablement un copier – coller depuis le bon ouvrage ou site internet).

Concernant le résumé des opérations de la Campagne du Somaliland au jour par jours…, là encore le résultat est très mitigé. L’auteur traite d’un certain nombre d’opérations aériennes qui n’ont strictement rien à voir avec le sujet (le titre porte sur la Somalie britannique et non l’Afrique Orientale). Par exemple, des bombardements des Wellesley contre Massawa ou une collision aérienne entre deux Hawker Fury sud-africains au Kenya). Cependant, le texte apporte quelques précisions sur l’action de la Regia Aeronautica par rapport à l’ouvrage plus classique de Shores. De même, on trouve quelques extraits du « Bolletino di guerra del Comando Supremo italiano ». Il reste dommage que ces informations soient un peu noyées dans d’autres traitants des opérations aériennes propres au Soudan/Érythrée et au Kenya. 

Au finale, le livre n’est pas foncièrement mauvais, car il apporte quelques compléments concernant des noms de pilotes, identifications d’avions et autres précisions sur l’activité de la Regia Aeroanutica. Malheureusement, il comporte aussi plusieurs très gros défauts notamment les photos très mal légendées, ainsi que plusieurs erreurs qui semblent montrer un manque de connaissances sur le sujet. En outre, l’auteur semble avoir une pratique très limite dans la récupération d’informations (voir des copier – coller) provenant d’autres auteurs / chercheurs sans demander la moindre autorisation. Il est regrettable, pour ne pas dire plus, de noter un tel comportement vis-à-vis des travaux de recherches effectués par des passionnés. Pour cette simple raison, il est très difficile de conseiller ce livre. A titre personnel, je n’encourage absolument pas à son achat.

 

 

Histoire de la Rhodesian Air Force – Beryl Salt

SALT, Beryl. A Pride of Eagles – The History of the Rhodesian Air Force (1920 – 1980). Helion & Company, 2012. 856 p.

Le livre est consacré à l’histoire de la Rhodesian Air Force (aujourd’hui le Zimbabwe) depuis les premières discussions budgétaires et la création d’une Air Section en novembre 1935 auprès du 1st Battalion Rhodesia Regiment, jusqu’à l’arrivée de Robert Mugabe au pouvoir, en 1980, et la transformation de la Rhodesia en Zimbabwe. Si certains éléments sur l’aviation civile sont signalés, il convient sur ce point de se diriger davantage vers l’ouvrage suivant : PHILLIPS, N.V. (Squadron Leader). Bush Horizons, the Story of Aviation in Southern Rhodesia (1896 – 1940). Harare : Air Force Association, 1998. 194 pp. Ouvrage malheureusement très difficile à se procurer. Le livre est essentiellement consacré à la période post — 1945 qui concerne les deux tiers du contenu et plus particulièrement la Rhodesian Bush War. Je ne reviendrais pas dessus, même si j’en conseil vivement la lecture aux personnes s’intéressant à l’histoire de l’aviation militaire en Afrique. Le livre contient énormément de détails, d’anecdotes diverses, et de témoignages. Il doit, cependant, être complété par les deux livres suivants pour fournir un cadre complété sur la Rhodesian Bush War : GELDENHUYS, Preller. Rhodesian Air Force Operations : With Air Strike, Peysoft Publishing, 2016 et PETTER-BOWYER, P.J.H. Winds of Destruction. 30 Degrees South.

Pour revenir sur la période qui m’intéresse davantage, l’auteur traite des trois Squadrons liées à la Rhodesia, en l’occurrence les No.44, 237 et 266 (Rhodesia) Squadron, quoiqu’en pratique seul le second peut réellement être considéré comme Rhodésiens. Le No.237 (Rhodesia) Squadron est, en effet, crée en avril 1940 sur la base du No.1 Squadron Southern Rhodesian Air Force, la colonie n’ayant pas les moyens de gérer l’unité aérienne dans un cadre de guerre. Le Squadron est, alors, basé au Kenya depuis juin 1939 dans le cadre des accords de défense de l’Empire britannique. L’unité est équipée qu’une collection de biplans Hawker Hart et Audax pour collaborer avec les troupes au sol. L’historique du No.237 (Rhodesia) Squadron est consacré dans une série de chapitres dont trois spécifiques aux opérations en Afrique de l’Est. Le premier (The first in the field) concerne le déploiement au Kenya et la transformation sous forme d’un Squadron lié à la RAF. Le second (First loss in the desert) décrit les premiers vols le long de la frontière Kenya — Éthiopie — Somalie suite à l’entrée en guerre de l’Italie. Enfin, la troisième (The East African Campaign : June 1940 – november 1941) ne pose guère de question sur son contenu et s’intéresse essentiellement au déploiement soudanais à partir de septembre 1940. Certes, le contenu manque clairement de détails (environ 15 – 20 pages) pour appréhender réellement la participation de l’unité. Il est vrai qu’opérant principalement en collaboration avec les troupes au sol, la majorité de ses missions sont relativement discrètes et souvent répétitives, ce qui empêche de pouvoir en rendre la lecture attractive. Toutefois, l’auteur apporte un certain nombre d’informations totalement absentes dans les autres publications relatives à l’Afrique de l’Est, son rôle aérien conduisant souvent à l’oublier. La présence de nombre extrait provenant de l’ORB du Squadron prouve, en outre, un travail s’appuyant sur les sources primaires. En outre, on trouve de nombreux témoignages du Pilot Officer Eric Smith, notamment des extraits de son logbook, ce qui permet de rendre la lecture assez vivante. D’autres extraits trouvent leur origine dans le Rhodesian Herald et quelques autres documents d’anciens membres. On notera aussi plus cartes pour situer géographiquement les lieux, ainsi que quelques photographies.

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Christopher Shores – Le remake.

SUTHERLAND, Jon ; CANWELL Diane. Air War East Africa (1940 – 1941), the RAF versus the Italian Air Force. Barnsley : Pen and Sword, 2009. 192 p.

 

Après l’ouvrage de Christopher Shores (Dust Clouds…), celui-ci est une suite logique, car on pourrait quasiment le présenter comme une version 2.00 du précédent. En effet, nous ne sommes pas en présence d’un véritable travail de recherche, mais davantage d’une compilation des publications récentes visant à compléter l’excellente étude fournie par Christopher Shores (et Corrado Ricci) en 1996. Effectivement, les deux coauteurs ont bien consulté plusieurs sources ultérieures, quoiqu’on peut regretter l’absence de certains titres. On pense, notamment à celui de Schoeman sur la chasse sud-africaine, les références à James Ambrose Bown (The War of a Hundred Days) étant parfois quelque peu dépassé. Il est même curieux de voir les auteurs cités le livre consacré essentiellement aux opérations terrestres et non celui spécifique à la SAAF du même auteur (A Gathering of Eagles, quoique lui aussi un peu obsolètes). Globalement, ce livre reste très curieux, car il n’est pas mauvais en soi, mais il souffre de gros défauts. En premier lieu, une absence de recherche dans les archives primaires (les auteurs répétant souvent certaines erreurs pourtant faciles à détecter en consultant les ORB par exemple) et une actualisant des données sans toutefois prendre en compte l’ensemble de la littérature récente voir en oubliant certains classiques (même si parfois, on a l’impression que les auteurs ont consulté les informations, mais non cités, la très courte bibliographie : uniquement 15 références, sans aucune archive, est criante. En second lieu, sur le plan de l’analyse la réflexion est des plus réduites, il est dommage de reprendre encore cet argument de l’occasion ratée des Italiens pour une offensive au Soudan…, tandis que l’influence politique du Premier ministre Jan Smuts est quasi-absente. Enfin, le livre n’apporte strictement aucune nouvelle information non déjà publiée (ou en provenance d’une littérature plus confidentielle) et ne corrige aucune erreur provenant des publications antérieures. Pourtant, l’ensemble n’est pas mauvais. L’écriture est facile à lire ([notamment pour un non-anglophone), les principales opérations aériennes sont décrites correctement, plusieurs éléments sont fournis sur les aspects terrestres. 

On peut difficilement s’orienter sur ce livre pour aller plus loin en raison de l’absence de tout travail de recherche dans les archives et de l’absence de toutes références bibliographiques (sauf une courte et ridicule liste de 15 références, dont certaines très discutables, en fin d’ouvrage).

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Opérations Aériennes en Afrique de l’Est – Christopher Shores

SHORES Christopher. Dust Clouds in the Middle East : The Air War for East Africa, Iraq, Syria, Iran and Madagascar (1940 – 19422). London : Grub Street, 1996, 320 pp.

 

Cet ouvrage est assez rapide à présenter puisqu’il s’agit, pour moi, de la bible sur les opérations aériennes durant la campagne d’Afrique de l’Est. C’est du Christopher Shores, donc a une présentation jours par jours, très poussés en termes de recherches dans les archives, avec une volonté de présenter l’ensemble des belligérants, et d’une très grande rigueur. À noter, cependant, que même si la partie relative aux opérations en AOI a été rédigée en collaboration avec le Général Corrado Ricci (ancien chef d’escadrille de la 410a Squadriglia), il s’agit essentiellement d’une présentation de l’action des Britanniques et Sud-africains, avec des références régulières à la Regia Aeronautica. Malheureusement, toujours le problème (insoluble) de la destruction des archives italiennes… Dans tous les cas, il s’agit d’une excellente étude approfondie sur le sujet, et la référence absolue pour toutes recherches malgré les quelques critiques à faire sur l’ouvrage. D’abord, il est relativement ancien (1996), ce qui le prive de l’accès récent à certaines archives notamment sud-africaines, ainsi que les nouvelles informations publiées dans des livres récents. Il comporte relativement peu d’informations sur les opérations terrestres et la stratégie des différents belligérants, afin de mettre en perspective les faits aériens, quoiqu’il en fournit néanmoins une synthèse honnête. Enfin, on peut noter quelques erreurs dans la consultation des archives disponibles à l’époque, notamment des problèmes de dates. Mais, sur ce point, on reste sur des problèmes mineurs, comme déjà mentionné à plusieurs reprises dans la chronique des opérations aériennes sur ce site. Le défaut essentiel est davantage l’ancienneté de l’ouvrage (vingt ans), qui impose aujourd’hui au regard des nouvelles informations de compléter ou corriger les événements. Par ailleurs, et comme toujours chez Shores un excellent index regroupant les noms des aviateurs et unités engagés.

Enfin, la campagne d’Afrique de l’Est ne constitue qu’un chapitre (environ la moitié) du livre puisqu’il traite aussi d’autres événements, relativement oubliés de la Seconde Guerre mondiale comme les opérations en Syrie (zone de conflit tristement d’actualité) entre les Britanniques et l’armée de l’air française du régime de Vichy ou de l’opération Inronclad visant Madagascar. En conséquence, des très bons moments de lecture.

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Gladiator et Fiat CR42 – Hakan Gustavsson et Ludovico Slongo

GUSTAVSSON, Hakan ; SLONGO Ludovico. Gladiator Vs. CR.42 Falco (1940 – 1941). Oxford : 2012, Osprey. 80 pp.

Je dois reconnaître ne pas être un très grand fan des livres publiés par Osprey, les sujets étant souvent trop découpés, parfois répétitifs, et souvent trop courts (avec la limite des 80 pages). Résultat, la production de chez Osprey est souvent très inégale par sa qualité. Concernant ce livre, on est clairement dans le très haut de gamme de chez Osprey.

D’abord, les deux coauteurs sont parmi les meilleurs spécialistes du sujet. Le suédois Hakan Gustavsson est notamment l’auteur d’un site internet référence concernant les biplans durant la Seconde Guerre mondiale (pilotes et avions). De son côté Ludovico Slongo est un des grands spécialistes de la Regia Aeronautica en Afrique orientale. Ils sont, notamment, aussi coauteurs d’une série de deux volumes sur l’Operation Compass en Afrique du Nord (Dessert Prelude : Operation Compass), dont je conseille vivement la lecture pour sa très grande qualité.

Ensuite, une fois passés les premiers chapitres, relativement intéressant, mais assez classiques consacré à la description technique des avions, ainsi que quelques éléments sur la formation des pilotes, la seconde moitié est consacré aux opérations aériennes proprement dires. La partie strictement relative à l’Afrique de l’Est fait environ huit pages, auxquels il convient d’ajouter deux autres propres à une biographie de l’as italien Mario Visintini. Les informations biographies sont les précises rédigés sur ce pilote en anglais (on peut signaler la publication depuis d’un article de Ludovico Slongo et deux autres autres coauteurs dans la revue Storie Militare, mais uniquement en italien) et corrigent de nombreuses erreurs ou incertitudes. Plus globalement, c’est la remarque que l’on pourrait faire à l’ensemble de la partie consacré à l’Afrique orientale. Il s’agit réellement d’une synthèse de référence sur la Regia Aeroanautica avec une multitude de compléments, corrections et ajouts par rapport aux informations déjà publiées notamment chez Christopher Shores. La seule critique que l’on pourrait faire repose sur le fait qu’il ne soit question que des affrontements entre Gladiator et Fiat CR.42. C’est dommage, car aux vues de la qualité du contenu, on aurait aimé en lire davantage.

A noter que les développements relatifs à l’Afrique du Nord et la Grèce sont de la même qualité en offrant de très bons moments de lectures.

Personnellement, je recommande vivement ce livre pour toute personne qui cherche à découvrir le sujet, car finalement on possède une bonne synthèse en seulement huit pages, quoique spécifique à seulement aspects, ce qui permet de compléter utilement la lecture de Dust Clouds ou Air War East Africa. Cependant, résumer le livre à cet aspect serait une insulte pour les auteurs, car il constitue aussi une référence pour toutes recherches ou approfondissement sur le sujet, car il apporte une véritablement évolution concernant l’appréhension du rôle de la Regia Aeronautica dans le secteur. Une très bonne lecture.

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