La Guerre des Russes Blancs

MARIE, Jean-Jacques. La Guerre des Russes Blancs. Tallandier, 2017. 524 p.

Cherchant actuellement à me renseigner sur le sujet, j’ai noté l’existence de ce livre récent (mars 2017), j’en ai fait l’achat pour deux raisons essentielles :
– l’auteur est un spécialiste de la période, j’avais notamment fortement apprécié son Histoire de la guerre civile russe (1917 – 1922) ;
– la thématique : les Russes blancs, or force est de constater que mes connaissances limitées étaient souvent basées sur une vision rapide du conflit vue sous les l’œil des vainqueurs bolcheviques.

Effectivement, l’ouvrage est particulièrement intéressant en éclairant les événements vus de l’autre camp (ou plutôt des autres camps), quoiqu’il convient à mon sens d’en faire la lecture en parallèle d’une histoire plus générale sur le sujet afin de faire correspondre les différents faits (les Rouges n »étant abordé ici qu’indirectement et de façon très limitée). Un lecteur n’ayant pas une connaissance globale pourra être, ainsi, quelque peu perdu pour comprendre les enchaînements.

Pour le reste, le livre comme son titre l’indique traite des différents groupes de Russes blancs et permet de comprendre les raisons de l’échec malgré une situation à plusieurs reprises très favorable :
– une incapacité à présenter un front uni avec des armes séparées entre les volontaires de Denikine au sud (Caucase), ceux de Kolchak à l’ouest (Oural / Sibérie) et du nord (avec divers commandements et groupement entre Mourmansk, Arkhangelsk et les Pays baltes). On comprend aisément qu’il y avait une occasion d’encercler l’adversaire par des manœuvres communes, ce qui ne sera jamais le cas par manque de volonté ;
– une division interne entre les différents mouvements, par exemple les volontaires de Denikine et les différents groupements Cosaques en raison d’agendas politiques différents ;
– la crise de discipline entre les pillages massifs (voir tueries) motivant davantage les troupes, la corruption grandissante et les arrières encombrés d’officiers préférant une sécurité (et trafic financier) au front. Résultat, un manque de réserve et surtout une force combative très en deçà des besoins faute de combattants ;
– une incapacité à mettre en place un programme politique consensuelle des responsables préfère remettre les décisions à la future assemblée constitutionnelle : résultat aucune décision sur la redistribution des terres, le maintient de la Russie une et indivisible. Le tout provoquant une aliénation des groupes autonomise cosaques et indépendantiste finlandais, baltes, polonais ou Ukrainien. Là encore, l’incapacité a incarné un front commun ;
– un mouvement finalement fortement ancré sur une base sociale limitée : les officiers et les classes supérieures souvent nostalgiques d’un ancien ordre, limitant (en complément de l’incapacité à formuler un choix politique) la motivation des paysans majoritaire pour s’engager sérieusement à leurs côtés.

Finalement, la défaite des différents mouvements blancs s’apparente essentiellement à une mauvaise compréhension de la signification d’une Guerre civile, laquelle ne pouvait pas être uniquement obtenue par une victoire militaire, mais avant tout par une réponse politique susceptible de faire contrepoids à l’offre adverse. S’y ajoute finalement une motivation parfois limitée entre des groupements cosaques lassés de la guerre (où ils ont payé un prix très fort) et déçus par l’absence d’une réelle position sur l’autonomie de leurs régions et des Officiers cherchant souvent la sécurité des arrières (et les avantages financiers). On sent clairement sur la fin cette sensation de fin d’un monde ou chacun cherche à récupérer un maximum face à l’incertitude.

Le gros point fort du livre tient aussi aux très nombreux témoignages, que ce soit d’acteurs inconnus ou des principaux responsables (notamment Dénikine et Wrangel).

Il est à noter aussi que l’auteur s’appuie en grande partie sur des publications russes, non traduite en Français, ce qui est toujours très appréciable.

On pourra juste regretter quelques points mineurs :
– l’auteur semble parfois par certains propos, réflexions ou comparaisons pencher plutôt en faveur des « Rouges », ce n’est cependant pas réellement problématique puisqu’il conserve une impartialité dans le texte ;
– quelques cartes auraient été fort pratiques pour situer sur la carte certains lieux pour les personnes non spécialisées dans la géographie russe.

En conclusion, un livre probablement indispensable pour appréhender la Guerre civile russe, mais qui doit être lu en parallèle avec un ouvrage plus global pour comprendre pleinement les différents événements.

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