La mort d’Hitler – Une enquête intéressante dans les archives russes

BRISARD, Jean-Christophe ; PARSHINA Lana. La Mort d’Hitler. Fayard, 2018. 372 p.

 

NB : je dois préciser qu’une copie (électronique) de l’ouvrage m’a été communiquée par l’éditeur par l’intermédiaire de NetGalley.fr

M’intéressant particulièrement à la question de l’Allemagne nazie (plus exactement sur l’attitude de la population allemande face au régime) et à l’ouverture (partielle) des archives russes (avec un difficile apprentissage de la langue russe), je dois reconnaître que la thématique de cet ouvrage m’a attiré, tout en m’inquiétant un peu (on connait les nombreux fantasmes sur le sort d’Hitler, une simple recherche google en donnant une bonne illustration).

Néanmoins, l’identité des auteurs et de l’éditeur m’a rassuré, on est sur du sérieux. Sans dévoiler la conclusion (puisque c’est le principe de ce type d’ouvrage), aucune inquiétude à avoir. Les auteurs placent rapidement de côté les hypothèses farfelues (on note seulement une présenté en introduction pour poser le problème). On reste sur une analyse sérieuse avec une conclusion logique par rapport aux connaissances historiques. Finalement, la conclusion est même quasiment expédiée en quelques lignes comme évidentes, l’intérêt de l’enquête est ailleurs. En conséquence, aucune inquiétude à avoir sur ce ne point.

Une grosse critique peut être faite sur la deuxième partie (Les derniers jours d’Hitler), en gros les événements au bunker de la Chancellerie entre le 19 avril et le 2 mai 1945. On voit ici clairement que le livre n’est pas l’oeuvre d’historiens. On peut noter quelques erreurs, faute d’appréciations sur certains personnages, et autres. Certes, l’ensemble reste cohérent, sans erreurs majeures. Mais, on sent qu’il manque une certaine maîtrise du sujet. Par ailleurs, on peut regretter l’absence d’un appareil scientifique critique en appui de la description. Certes, 2 – 3 livres sont cités, mais essentiellement les autobiographies de certains protagonistes, les ouvrages de référence sont totalement absents. C’est évidemment dommageable. Mais soyons honnêtes, il ne s’agit pas d’un ouvrage d’historiens, l’objet (les deux axes d’analyse) est autre. Donc, on peut largement pardonner ces défauts, surtout que là encore cela reste cohérent.

Le gros intérêt réel du livre est double :

1°: Tout d’abord, une présentation assez intéressante des conditions pour la recherche dans les archives russes (voir une certaine analyse de la bureaucratie de ce pays), à travers les difficultés pour accéder aux documents relatifs aux cas Hitler. Ayant correspondu, l’année dernière, avec un chercheur russe sur un sujet en rapport avec l’aviation, j’ai effectivement retrouvé tous les éléments qu’il m’avait signalés. Une méfiance du pouvoir pour la recherche historique, une assimilation des recherches sur la WWII avec les impératifs politiques (la Grande Guerre patriotique avec une tentative d’assimilation à la situation géopolitique actuelle), les difficultés d’accès pour les Occidentaux accusés de porter atteinte à la Grande Russie, les négociations continuelles pour accéder aux fonds d’archives.
L’enquête des auteurs est ici passionnante à suivre et illustre toutes ces difficultés, et on ne peut avoir qu’un immense regret lorsqu’on constate les trésors d’archives présentés aux auteurs. En laissant de côté, le possible morceau de crânes et les dents d’Hitler (et d’Eva Braun), les documents semblent multiples entre les photos de l’intérieur du bunker de la Chancellerie, les rapports d’interrogatoires des différents protagonistes, etc… On ne peut que rêver aux nombreux trésors qui dorment dans ces différentes archives dont l’ouverture n’est souvent que très partielle. Et plus globalement, envier les auteurs pour avoir accédé à certains d’entre eux.

2°: Le second élément passionnant de l’ouvrage repose sur l’enquête menée par les Soviétiques dès mai 1945 pour essayer de déterminer le sort d’Hitler. Entre les affrontements entre factions des services de renseignement, la crainte de Staline, et la naissance de la Guerre froide, tous ces aspects entrent de front dans l’enquête soviétique. On ne peut que rester étonné face à l’attitude des Soviétiques qui refuse de reconnaître officiellement la mort d’Hitler malgré l’accumulation des preuves (quoiqu’en partie réduite par les guerres internes entre le NKVD et le SMERSH avec rétention de preuve et refus de collaboration), voir fait fuiter de fausses informations à destination des services de renseignements occidentaux. Finalement, ces preuves finissent totalement enterrées dans les archives où elles furent pour partie oubliées. Ce second axe ne peut qu’interroger sur le lecteur quant au fonctionnement de l’URSS et à son culte du secret. Toutes les preuves de la mort d’Hitler sont disponibles et utilisables, pourtant elles demeurent non-publics, voir un refus (de nos jours) pour en faire état comme le montre l’enquête des auteurs (rien que la visite des archives du FSB et l’attitude de son personnel mérite la lecture de l’ouvrage).

En conclusion, que dire :
– il est évident que la personne maîtrisant le sujet (les derniers jours d’Hitler) ne découvrira rien de nouveau, voire même une légère frustration à la découverte de la partie historique. Toutefois, il peut s’agir d’un bon complément pour la découverte (ou tout au moins un bref aperçut) des archives russes en la matière. Là encore, le spécialiste ne pourra que rêver aux documents, relatifs au IIIe Reich et la WWII, qui restent à y découvrir.
– le lecteur plus novice trouvera lui un ouvrage relativement intéressant pour rappeler les grands éléments sur les derniers jours d’Hitler (là encore,malgré quelques erreurs, on ne note pas d’incohérences majeures), qu’il conviendrait évidemment de compléter par quelques ouvrages d’un plus haut niveau (on peut penser notamment à La Fin, Allemagne 1944 – 1945 de Ian Kershaw ou La Chute de Berlin par Anthony Beevor ou Les Cents Derniers Jours d’Hitler par Jean Lopez, voir avec beaucoup de pincettes Les Derniers Jours de Hitler par Joachim Fest, pour citer quelques ouvrages faciles d’accès en français, la liste n’étant pas limitative). En outre, la partie enquête est relativement bien faite et remarquablement écrite en donnant un peu l’impression d’un thriller, même si la partie conclusion pourra frustrer légèrement le lecteur. Dans l’ensemble une bonne lecture distrayante pour approcher des aspects historiques essentiels.
– mais c’est aussi un peu la faiblesse de l’ouvrage. Si personnellement, j’ai beaucoup apprécié la lecture (terminé dans deux jours), je doute d’éprouver l’envie d’ouvrir une deuxième fois le livre. Il ne dispose pas de la matière pour être utilisé par référence pour d’autres travaux, et il n’apporte finalement rien de bien nouveau qui mérite d’en faire une nouvelle lecture. C’est distrayant, bien écrit, relativement sérieux dans ces analyses, apportant un point de vue intéressant sur la recherche dans les archives russes, illustrant certains faits historiques, mais finalement assez vite oublié. Néanmoins, on ne peut qu’en conseiller la lecture, avec les quelques réserves signalées.

À noter que l’ouvrage dispose d’un cahier photo présentant les différentes pièces d’archives, malheureusement il n’était pas disponible dans ma version promotionnelle, donc je pourrais en juger.

NB : il est signalé un documentaire, en parallèle, sur le sujet (sur France 2). Malheureusement, n’habitant pas en France, je n’ai pas eu l’occasion de le visionner afin de pouvoir comparer avec l’ouvrage. J’essaye de me le procurer (et éventuellement de compléter ma critique ultérieurement en fonction de cet élément).

Albert Speer

KITCHEN, Martin. Speer, l’architecte d’Hitler. Perrin, 2017. 592 p.

 

Bouquin à lire, car le personnage d’Albert Speer est particulièrement intéressant à plusieurs égards :
– il fait partie des grands favoris d’Hitler peu après son arrivée au pouvoir (et quasiment jusqu’à la fin) avec une réelle proximité et amitié entre les deux ;
– comme ministre de l’armement, son action aura un impact profond sur le déroulement de la guerre ;
– après la guerre (et son emprisonnement à Spandau), il n’aura de cesse de se donner l’image du « bon nazi » que ce soit durant le procès de Nuremberg ou ultérieurement lors des publications de ses mémoires. Globalement, celle du technicien – spécialiste apolitique pris par les engrenages du pouvoir nazi, et qui tout en ayant participé activement n’a finalement rien vu, articulé par son diptyque : « Responsabilité collective », mais « non culpabilité ». Position bien opportune dans une Allemagne des années 1960 hantée par la « dénazification ». Finalement, si le ministre Speer (technicien) n’a rien connu des crimes nazis malgré ses hautes fonctions et sa proximité avec Hitler, le simple fonctionnaire de l’état nazi (ou l’allemand ordinaire) n’est pas dans une autre situation. 

L’ouvrage de Martin Kitchen cherche ici à rétablir une certaine vérité :
– oui, Speer a largement connu et participer au génocide, que ce soit comme grand architecte à travers le projet de Germania (avec les expulsions massives et sans ménagement de juifs afin de détruire ou récupérer les logements), à travers l’utilisation massive de la main d’oeuvres concentrationnaires dans les usines d’armements et les rafles, par la participation à de nombreuses réunions où la question est directement abordé ainsi qu’aux constructions de plusieurs camps ou par une proximité réelle avec Himmler. Il était parfaitement au courant et y a participé d’une façon ou d’une autre ;
– en qualité de ministre de l’armement, ses « exploits » doivent être relativisés, car il bénéficie de l’excellent travail de Fritz Todt en 1941 pour redéployer l’industrie allemande vers une production de guerre (toujours impressionnant de voir la totale impréparation de l’Allemagne pour le lancement d’un conflit à longue durée), ainsi que du Travail de Erhard Milch pour le matériel aéronautique. Néanmoins, la grande réussite de Speer est double : un excellent organisateur (surtout dans le fouillis administratif – économique de l’état nazis) et un dénicheur de talents pour placer les bonnes personnes aux bons endroits.
– La partie relative au procès de Nuremberg et la reconstruction progressive de ses mémoires après libération sont, par ailleurs, particulièrement intéressantes pour montrer la construction progressive de sa défense (voir la réécriture complète de son action) permettant d’en faire « le bon nazi » face aux fous fanatiques du cercle dirigeant. Le technicien compétent, qui prit dans la marche des événements, le charisme d’Hitler, la défense de son pays, s’est retrouvé par les hasards de la providence (l’accident d’avion de Todt) propulsée au plus haut niveau de direction du pays. Lui, l’homme totalement apolitique qui n’a finalement fait que son travail consciencieux sans avoir eu le courage de comprendre l’objectif criminel du régime ou d’avoir cherché davantage à comprendre. Responsabilité collective donc, car participation à l’action criminelle des nazis, mais non coupable, car il n’a jamais eu connaissance de la réalité. Position o combien opportune pour tranquilliser de nombreux Allemands dans l’après-guerre, d’où la réhabilitation partielle de Speer. L’auteur montre bien les manipulations qui ont été faites lors de la rédaction de ses mémoires, ainsi que pour cacher ou détruire certains documents (notamment son journal qui ne devait pas être publié avant le décès de ses arrières petits enfants).

Le cas d’Albert Speer est profondément intéressant. En effet, s’il participe concrètement aux crimes nazis, s’il se montre souvent comme quelqu’un sans scrupules cherchant souvent le pouvoir et l’enrichissement, il n’est clairement pas un fanatique. Profondément intelligent, diplômé, il représente finalement l’image de ces jeunes bardés de diplômes (assez régulièrement d’un Doctorat), universitaires ou hauts cadres administratifs qui ont collaboré sans la moindre difficulté avec le régime (parfois en étant membres du parti ou non), participer à l’édiction des théories raciales, de sa base juridique et globalement contribué activement à son établissement et son fonctionnement. Ce qui rend son étude finalement encore plus effrayante que celle d’un Himmler ou Bormann.

On pourra, cependant, noter deux points négatifs : 
– le livre est clairement à charge contre Speer (et plus globalement les dirigeants nazis). Certes, je n’ai aucune sympathie à son égard, mais parfois le ton employé par l’auteur amène à s’interroger sur sa neutralité dans l’étude (ce qui me pose toujours problème dans un bouquin historique), même si il faut lui reconnaître de reconstruire une image plus conforme à la réalité du mythe Speer ;
– l’ouvrage est très dense notamment s’agissant des passages relatifs au fonctionnement du système administratif économique, lequel peut être compliqué à comprendre pour le lecteur qui ne connaît par les rouages de l’état-nazis ;
– éventuellement certains pourront regretter le faible nombre d’éléments sur sa vie privée (dans l’ensemble relativement raté malgré son mariage et ses 6 enfants).

Mais globalement une bonne lecture pour appréhender de façon plus réelle le personnage (loin de l’image de ses mémoires), ainsi que la construction de la déculpabilité après-guerre laquelle peut s’appliquer plus généralement à la société allemande de la « dénazification ».

Synthèse sur le Yemen et son actualité

BONNEFOY, Laurent. Le Yémen: De l’Arabie heureuse à la guerre. Fayard, 2017. 348 p.

 

NB : je dois préciser qu’une copie (électronique) de l’ouvrage m’a été communiquée par l’éditeur par l’intermédiaire de NetGalley.fr

Je procéderais ici à une critique assez courte, mes connaissances sur le sujet étant très limité. C’est néanmoins la raison qui m’a conduit à la lecture de ce livre. En effet, on ne peut nier que le Yémen est très présent dans l’actualité, que ce soit par rapport aux questions du terrorisme ou de l’actuel conflit interne avec Houthis (avec en toile de fond l’affrontement régional entre l’Arabie Saoudite et l’Iran). L’actualité est décidément présente puisque je rédige cette critique quelques jours après le décès de l’ancien Président Saleh dans les affrontements.

À noter que l’auteur : Laurent Bonnefoy est un spécialiste voir le spécialiste français sur le sujet, ce qui est un gros gage de confiance sur la lecture.

L’ouvrage est divisé en deux parties. La seconde traite essentiellement de l’ancrage du Yémen dans la mondialisation à travers l’immigration, la circulation artistique et autres. Pour être honnête, j’ai passé cette partie qui ne m’intéressait pas réellement (indépendamment de toutes les qualités pour avoir rapidement tourné les pages).

Je me concentrerais donc sur la première partie qui porte essentiellement sur la situation actuelle du Yémen et les problématiques impliquées. L’auteur commence par faire une rapide présentation historique (malheureusement uniquement à partir du 20e siècle et l’indépendance de la partie nord avec l’Imamat zaydite). Cette partie, quoique un peu courte permet de mieux comprendre les problématiques du pays entre un sud et un nord ayant connu une destinée différente jusqu’à la réunification des années 1990. Union qui pose davantage de problèmes comme le montrent les événements ultérieurs. D’où une division importante du pays, lié l’implication du puissant voisin que constitue l’Arabie saoudite (ce qui montre, accessoirement que l’implication de ce pays dans la situation interne du Yémen est loin d’être une nouveauté, contrairement à ce que je pensais). Enfin l’auteur pose la question du terrorisme à travers ses différentes évolutions, attitude du pouvoir et des pays extérieurs (États-Unis – Europe) avec les implications pour la stabilité de ce prisme sécuritaire dans les relations internationales).

Je n’irais pas plus loin dans ma critique de peur de raconter des bêtises aux vues de mes faibles connaissances sur le sujet.

Néanmoins, je ne peux que conseiller la lecture de ce bouquin, relativement court (environ 350 pages, quoiqu’il est très dense en raison de la maîtrise complète du sujet par l’auteur), et qui permet d’avoir une très bonne synthèse sur l’histoire récente du pays et des problématiques impliqués, afin de mieux comprendre son actualité.
Une lecture très instructive qui ne peut qu’être recommandée absolument.

Une présentation de la politique du Général de Gaulle vis-à-vis de l’URSS, amoindrie par un message politique et un manque d’impartialité

CARRERE D’ENCAUSSE, Hélène. Le Général De Gaulle et la Russie. Fayard, 2017. 288 p.

 

NB : je dois préciser qu’une copie (électronique) de l’ouvrage m’a été communiqué par l’éditeur par l’intermédiaire de NetGalley.fr

Lorsque j’ai vu la thématique du livre : la politique diplomatique du général de Gaulle vis-à-vis de l’URSS (même si dans sa conception, la nation de Russie prend le pas sur le régime), je ne peux nier avoir été fortement intéressé à deux titres (voir une troisième plus facultative) :
– on ne peut nier une évolution actuelle majeure quant à la place de la Russie sur la scène internationale (ainsi que concomitamment un affaiblissement non-négligeable de la place des États-Unis pour des raisons liées notamment à son Président actuel, les démissions massives de spécialiste au Département d’État étant assez illustratifs des conséquences à terme et moyen terme), ce qui implique une réévaluation nécessaire des relations avec ce pays (indépendamment de l’opinion que l’on puisse avoir sur sa politique actuelle) ;
– or, il est évident qu’on ne peut appréhender ces questions sans un aspect historique afin de comprendre les évolutions de ces relations, mais aussi la perception par les acteurs des deux pays (voir plus cruellement les stéréotypes dans l’imagerie populaire, lesquels impact les choix politiques et réflexions intellectuels) ;
– indépendamment de l’opinion qu’on puisse avoir, on ne peut nier que la réflexion de Gaulle ou gaullien reste incontournable dans le fonctionnement et les positionnements institutionnels français, et constitue souvent l’axe central sur lequel s’imbrique les débats (sans forcément correspondre à la réalité des conceptions du Général et souvent dans une imagerie / mystification éloignée de la réalité historique).

Je dois néanmoins faire état immédiatement d’une certaine gêne à la lecture. On sent, en effet, rapidement une véritable admiration de l’auteur s’agissant de la personne du Général de Gaulle, ainsi que de sa vision des relations internationale, voir une quasi-prescience pour deviner les évolutions majeures ainsi que pour impulser les autres acteurs. Si sur ce nombreux point, je suis en accord avec les analyses, je ne peux nier m’être souvent demandé si l’auteur ne manquait pas un peu d’impartialité ou n’avait pas tendance à vouloir aller trop loin dans son sentiment. Même s’il s’agit ici d’un essai dans un contexte politique précise (j’y reviendrais ultérieurement), et non d’un ouvrage historique de référence, cela pose quelques problèmes de neutralité qui pourront éventuellement gêner certains lecteurs avec cette interrogation régulière : est-ce que l’auteur ne déforme pas les événements selon son objectif.

S’agissant du fond, l’auteur cherche à visiter la politique étrangère à travers trois époques :
– celle de la France libre (en passant par les différents noms qui suivront) durant laquelle, la relation avec l’URSS (ou plus exactement Staline) vise davantage à sauvegarder le futur de la France. Face à un organe et un acteur (de Gaulle) manquent d’une réelle légitimité, d’une France dont la position s’est effondrée dans la défaite de mai – juin 1940, l’URSS apparaît comme un soutien face à l’hostilité américaine et les hésitations britanniques. Les relations avec Staline doivent permettre de réaffirmer la France comme combattante (avec l’épopée du Normandie-Niemen, malheureusement trop rapidement évacué en quelques lignes), mais aussi comme l’un des vainqueurs de la guerre ;
– lors du retour au pouvoir en 1958, le positionnement est davantage hésitant, il est vrai que la France est alors dans une problématique lourde avec la Guerre d’Algérie, impliquant un redoutable travail d’équilibre, tandis que les questions de l’Europe et du futur de l’Allemagne varient au grès des circonstances. On sent, néanmoins, ici une volonté de rapprochement fort avec les États-Unis comme le prouvent les réactions à la crise de Cuba ou de Berlin, avec un général de Gaulle partisan d’une certaine dureté (je n’ai pas pu m’empêcher, s’agissant de Cuba d’y voir certaines similitudes avec la position, dans le camp inverse, de Castro et dont intransigeante voir l’attitude limite suicidaire, comme le montre les copies des messages entre Castro, l’Ambassadeur soviétique dont j’ai oublié le nom et Khrouchtchev, attitude qui explique aussi les évolutions de la crise avec le retrait des missiles). Toutefois, les similitudes entre Castro et De Gaulle s’arrêtent immédiatement, si les deux sont sur une ligne relative dure, le second contrairement au premier souhaite ce positionnement pour aboutir à des négociations concrètes dans l’intérêt de l’Europe et de la paix mondiale. En outre, malgré cette approche, on note une tendance progressive vers une ouverture en direction de l’URSS et des pays du bloc de l’est dans l’objectif de bâtir un équilibre européen post-Yalta ;
– c’est finalement la caractéristique de la troisième période qui démarre globalement avec le retrait des structures de commandement intégré de l’OTAN (et non une sortie de l’OTAN comme on peut parfois le lire dans certains médias et articles) en 1966. Désormais, et sans jamais renier l’alliance avec les États-Unis, on note l’impulsion d’une stratégie de détente à travers une visite à Moscou (face à une direction Brejnev / Kossyguine / Podgorny, relativement affaiblis), mais aussi une tournée en Europe de l’Est (sauf erreur, Pologne et Roumanie). La politique étrangère est tournée vers l’édification d’une nouvelle Europe post-Yalta basée sur la souveraineté des États concernés hors des deux blocs États-Unis / URSS et la question de la place de l’Allemagne (ici, les refus répétés de reconnaître la RDA sont significatifs). Cette approche reste, toutefois, prudente sans aboutir à des résultats concrets malgré quelques accords de coopérations économiques et scientifiques ponctuelles. Elle est, néanmoins, interrompue doublement par le Printemps de Prague et la chute politique du général de Gaulle en 1968 – 1969), ce qui permet difficile d’en appréhender les conséquences positives ou échecs potentiels.
– l’ensemble de ces trois phases restent centrées sur deux visions essentielles et classiques du gaullisme : la prédominance de l’intérêt de la France ; la conviction que l’idéologie n’est rien face aux destins nationaux d’où la logique selon laquelle l’Europe de Yalta est condamnée à moyen terme.

Sur ces trois aspects, l’ouvrage est extrêmement intéressant en présentant l’évolution historique des relations France / URSS (Russie) sur une période s’étendant des années 1940 à 1969 (malgré une longue pause). Il est assez significatif que de Gaulle soit confronté à trois directions soviétiques différentes, ce qui en fait quasiment une exception chez les dirigeants politiques de la décennie essentielle de 1958 – 1968. On note aussi l’excellente compréhension du Général de Gaulle (ou de ces conseillers, en matières étrangères, il est toujours discutable d’en attribuer la seule paternité à un seul homme, aussi illustre soit-il) des évolutions du monde à travers la détente et la chute progressive du bloc de l’est (ainsi que vis-à-vis de la Chine, quoique le sujet est seulement effleuré par l’auteur). Si on peut débattre de la paternité originelle (la conclusion de l’ouvrage me semblant un peu excessive), on ne peut nier que la politique française en matière d’affaire étrangère impulsée par De Gaulle joue un rôle non négligeable dans les évolutions ultérieures des années 1980.

Sur cette analyse historique, j’ai par contre, un peu regretté que l’auteur ne passe pas davantage de temps sur la construction de l’imagerie (voir des stéréotypes, sans y voir un terme négatif) de la Russie et des Russes, en France, à travers les temps, car il s’agit d’un élément important, ainsi que l’expérience du Capitaine de Gaulle comme conseillé militaire lors de la guerre d’indépendance polonaise du début des années 1920, ce qui aurait là encore été intéressant pour mieux appréhender son positionnement sur la question polonaise.

À côté de l’étude historique des relations France – URSS (Russie, qui demeure l’aspect qui m’a davantage intéressé, on doit reconnaître un certain plaidoyer politique dans l’ouvrage. Sa sortie, au moment où la nouvelle politique étrangère du Président Macron se dessine progressivement, tandis que la Russie de Poutine se lance dans une véritable restauration impériale (et reconstruction d’une histoire officielle, comme le prouvent les débats actuels et la situation des historiens russes s’agissant de la Grande Guerre patriotique, notamment). Cette situation se pose au moment d’un retrait partiel des Etats-Unie sous l’impulsion de son président avec une perte réelle de son poids dominant (le discours du Président Trump lors de la tournée asiatique sur les accords commerciaux étant très illustratif), et de l’émergence d’une nouvelle puissance avec la Chine (d’où probablement son inclusion, quoique limitée dans l’ouvrage ?).
Il y’a, donc, ici un certain réquisitoire pour conseiller la politique européenne du Président Macron à travers les idées du gaullisme, d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural (régulièrement répété dans le livre) intégrant donc la Russie, et indépendante des États-Unis (voir de la Chine ? même si cet aspect peut sembler contradictoire face à une Russie dont l’orientation est clairement impérialiste.
Je ne m’étendrais pas davantage sur le message politique.

En conclusion, je demeure un peu réservé sur l’analyse du livre, car clairement orienté vers un message politique et une admiration réelle des positionnements du Général de Gaulle, ce qui lui fait perdre une certaine impartialité.
Néanmoins, où la question des relations avec la Russie se pose, il contribue à fournir une pierre supplémentaire à l’appréhension des éléments historiques ayant dicté son évolution à une étape précise de notre histoire. En cela, la lecture est assez enrichissante pour permettre de mieux en comprendre certains aspects. Idéalement, il serait intéressant de lire des auteurs russes sur le même sujet afin de déterminer les similitudes et différences sur l’approche de cette période.
On pourra, enfin, regretter une bibliographie finalement relativement courte et essentiellement française (malgré la présence, sauf erreur, de deux ou trois titres russes ?), ce qui là encore contribue à placer le livre davantage vers l’essai à message politique que sur l’analyse historique.
Toutefois, vu la littérature assez limitée sur le sujet, on ne peut qu’en conseiller la lecture à toute personne souhaitant en apprendre davantage sur le sujet, tout en notant bien ce problème de rigueur / impartialité.

Finn Thorsager – témoignage d’un pilote norvégien durant la WWII

LARSEN, Tor Idar ; THORSAGER Finn. Viking Spitfire: The Story of Finn Thorsager. Fonthill, 2012. 208 p.

 

Comme j’essaye de lire un peu couleur locale, je suis tombé par hasard sur ce bouquin consacré au pilote norvégien Finn Thorsager, dont j’ignorais totalement l’existence. Il a notamment fait partis des pilotes norvégiens ayant décollé, depuis Fornebu, lors des évènements du 9 avril 1940, avant de fuir le pays puis servir au sein des No.331 et 332 Squadron (dont notamment le poste de Squadron Leader) et finir au sein du Ferry Command pour la liaison aérienne vers Stockholm.

Je suis un peu mitigé sur le livre.

Il est, certes, très intéressant, car je n’avais jusqu’à présent jamais lu de biographie consacrée à un pilote norvégien. L’ensemble est très bien rédigé, encadré par de nombreux témoignages de Finn Thorsager. Les photographies sont très nombreuses.
Par contre, le côté recherche historique me paraît assez limité. Le livre est constitué d’une série de chapitres illustrant divers aspects de sa carrière : formation au sein de la force aérienne norvégienne ; les événements du 9 avril 1940 ; la fuite hors de Norvège en passant par : la Suède, l’Union soviétique, le Japon puis le Canada ; mais d’autres sont essentiellement thématiques : exemple « le coût de la guerre » où l’auteur fait référence à quelques pertes au sein du No.332 Squadron avec les témoignages correspondants de Thorsager, sans une réelle continuité. Ces chapitres sont aussi d’une longueur très variables. En outre, on a rarement une véritable analyse des événements : peu de dates précises, lors de la présentation d’une mission : on a uniquement le récit selon le pilote (sans recherche précise du déroulement, situer les opposants, etc… Par exemple, on ouvre le chapitre « Cost of War » sur la perte du Lieutenant Arve Aaas, avec le témoigne d’un échange entre Finn Thorsager et le Major Wilhelm Mohr (Squadron Leader). On comprend que les Norvégiens effectuaient une escorte sur Hazebrouck, mais rien de plus. On découvre seulement la légende d’une photo nous signalons sa disparition en combat le 29 juin 1942. C’est dommage, car on reste finalement uniquement une collection de témoignages sans mise en perspective. Aucune note de bas de page, par ailleurs, ou bibliographie en fin d’ouvrage.
Donc le livre est intéressant pour lire le témoignage d’un pilote, mais au final on apprend assez peu sur l’historique des deux Squadrons norvégiens ou des différentes missions effectués.

On notera, en outre, le récit assez curieux de la fuite hors de Norvège en passant par l’Union Soviétique (encore alliée avec l’Allemagne) et le Japon (membre du pacte tripartite), ce qui en dit très long sur le système très relatif des alliances du IIIe Reich.

En gros : départ d’Oslo le 18 octobre 1940 en direction de la frontière suédoise : train vers Elverum, puis le bus en direction de Nybergsund (c’est notamment là que la Luftwaffe a bombardé le Roi Hakon VII et le cabinet ministériel, le 11 avril 1940) proche de la frontière et enfin traversée d’une forêt pour passer en Suède). Il s’échappe avec un certain Dag Krohn, un autre pilote norvégien.
Ils sont interceptés par un policier suédois, peu après avoir franchis la frontière, mais rapidement autorisé à rejoindre Stockholm où l’Ambassade de Norvège organise leurs voyages vers Toronto à travers l’Union Soviétique et le Japon. Les visas sont obtenus le 6 décembre 1940. Départ dans un avion de Aeroflot le lendemain (à noter que l’Ambassade de Norvège donne 500 dollars pour les frais de voyage). Escale à Riga, puis Velikie Luki et Moscou. La traversée russe se fait en train jusqu’à Vladivostok, enfin un bateau vers le Japon (le Amakusa Mara). Arrivé au port de Tsuruga, puis train vers Tokyo, et nouveau départ de Yokohama à port d’un tanker norvégien (Bralanta) pour San Diego. ils arrivent à Toronto en janvier 1941 (je n’ai pas la date exacte).
A noter que dans le témoignage de Finn Thorsager indique qu’ils sont suivis pendant tout le séjour japonais par deux allemands.

Le Mystére du vol MH370 – Gilles Diharce

DIHARCE, Gilles. Le Mystére du vol MH370 – Autopsie d’une disparition. Editions JP Otelli, 2017. 391 p.

 

Je dois reconnaître ne pas être un grand amateur de ce type d’ouvrage, surtout sur un sujet ayant fait coulé autant d’encre (et de d’échanges internet) que la mystérieuse disparition du MH 370. Je m’y étais jusqu’à présent tenu à l’égard.

Donc pourquoi cet achat ? Pour trois raisons essentiels :
– l’éditeur, qui publié globalement des titres sérieux ;
– la présence de l’auteur sur un forum que je fréquente et sur lequel il a présenté son livre soit un premier aperçu du contenu ;
– la profession de l’auteur : opérateur du contrôle aérien au sein du Ministère de la Défense, ce qui laisse supposer d’une part une connaissance technique ; d’autre part un minimum de sérieux.

C’est effectivement la grande caractéristique de ce livre : assez austère, très technique et très mesuré. Il ne faudrait espérer y trouver des grandes révélations fracassante, des théories fantasques, ou autres digression.

L’auteur reprend minutieusement chaque élément de ce drame : la perte radio et radar ; l’hypothèse de la dépressurisation ; les méthodes pour calculer la route supposée de l’avion, etc… pour citer quelques exemples. A chaque fois, il entre dans les détails : le fonctionnement du système, les risques de pannes, les autres possibilités. Un décorticage complet avec une abandonnant explication technique, tout en esquissant parfois (avec toutes les nuances possibles) certains hypothèses.

Présenté ainsi, l’ouvrage paraît peu attirant. Pourtant, la vulgarisation est parfaite accomplie à travers explications et schémas. Sincèrement, malgré mon absence de connaissance en la matière (ayant une formation de juriste bien éloigné de ces problématiques), j’ai été en mesure de suivre sans trop de difficultés les différentes démonstrations malgré la nécessité de reprendre parfois certaines pages.

Plus qu’une étude sur la catastrophe du MH 370, l’auteur nous livre une excellente présentation de l’aviation civile à travers le fonctionnement du contrôle aérien, les différents systèmes d’un avion de ligne (en l’occurrence le Boeing 777), ou le déroulement d’une enquête.

On pourra éventuellement regretter une conclusion qui laisse un peu sur sa faim (on aimerait tous avoir une explication parfaitement cohérente) mais cet épilogue est finalement conforme à l’objectif du livre. Nous permettre de suivre les différents éléments ayant aboutis à ce mystère par une explication d’ordre strictement technique sans tomber dans les interprétations et suppositions.

Une excellente lecture pour mieux comprendre ce drame aérien et le déroulement de l’enquête, dans l’attente (on peut l’espérer un jour) d’une résolution.

Malheuresement cet objectif de l’auteur est aussi la faiblesse du livre. Certes, le passionné d’aviation (indépendamment de ces connaissances, c’est l’occasion d’en apprendre beaucoup, comme dans mon cas car l’auteur est vraiment très pédagogique) ou le professionnel de ce milieu prendra un grand plaisir à la lecture et (selon le degré de connaissance) probablement à appréhender les éléments livrés par l’auteur. Il me paraît, par contre, claire que la personne simplement curieuse par ce mystère aérien risque d’être rapidement un peu perdu par un ouvrage assez froid et peu attrayant, avec presque 400 pages. Il faut vraiment avoir envie de s’y intéresser en profondeur pour apprécier le livre.

Sous cette seule réserve, il s’agit d’une lecture très instructive pour mieux comprendre les événements ayant aboutis à la disparition du MH 370, le déroulement de l’enquête et des méthodes utilisés à cet effet, et formuler certaines hypothèses.

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La conquête de l’Everest, mais bien plus encore notamment sur la Grande Guerre

WADE, Davies. les Soldats de l’Everest : Mallory, la Grande Guerre et la conquête de l’Himalaya. Les Belles Lettres, 2016. 576 p.

 

Lorsqu’on m’a fortement conseillé la lecture de ce livre, je dois reconnaître avoir été un peu dubitatif. L’alpinisme ne m’intéresse pas réellement (voir absolument pas), même si j’ai toujours eu un petit intérêt pour les grands récits d’exploration. Or, effectivement cet ouvrage est bien plus qu’une simple histoire sur les premières tentatives pour conquérir (et c’est bien le terme, comme j’y reviendrais plus loin) l’Everest au début des années 1920, avec en toile de fond, le destin tragique de George Mallory.

Néanmoins, au préalable, je voudrais faire un petit avertissement. Le livre est un véritable pavé : 546 pages, dont 28 pour l’index (j’adore ce type d’index très détaillé, parfait pour servir de référence) et 49 pour la bibliographie (annotée, l’auteur commentant largement les différentes sources utilisés, ce qui n’est pas inintéressant, mais discutable, car nuisant fortement à l’utilisation de cette dernière, car il est très difficile de trouver rapidement une référence sans relire de très long paragraphe, dommage de ne pas avoir prévu à la fin une simple liste en complément). En réalité, le livre fait bien plus que ce nombre de pages, car l’éditeur a fait le choix d’une police d’écriture minuscule (je suppose pour réduire le coût d’impression ?). Résultat, le livre est un véritable calvaire à lire pour les yeux… Sincèrement, je conseille vivement l’achat de l’édition numérique et non le format papier.

Pour le reste, l’auteur traite d’une multitude de sujets à travers les trois explorations et tentatives pour atteindre le sommet.

Tout d’abord (et c’est une des raisons de mon achat), la Première guerre mondiale à travers l’expérience vécue par une partie des protagonistes. On pourra éventuellement regretter une vision un peu trop orientée (et partiellement datée) vers la boucherie dirigée par des généraux incompétents et planquée à l’arrière sans prendre en compte les pertes. Certes, cela n’est pas entièrement faux considérant la stratégie offensive du Général Haig (imité, accessoirement, dans les aires par le Royal Flying Corps avec des pertes dramatiques, au point d’être surnommé « le club des suicidaires »). On notera aussi quelques erreurs sur les événements (mais, je veux bien pardonner, car ce n’est qu’un des aspects du livre). D’un autre côté, cette vision est assez cohérente avec le vécu de cette génération des classes moyennes supérieures britanniques qui ont payé un très lourd tribut à la guerre (immédiatement bombarder Officiers subalternes, avec un taux de perte hallucinant probablement le plus lourd de la guerre) et une expérience dramatique. Il s’agit sur ce point d’un nouveau témoignage très utile sur cette catégorie de conscrits souvent oubliée par les études qui se limitent souvent à une dichotomie entre soldats et généraux.
Cet aspect est parfaitement rendu par les différentes lettres et correspondances personnelles des protagonistes dont l’auteur nous livre quelques extraits. Profondément saisissant pour comprendre le vécu de cette catégorie spécifique dans la guerre, ainsi que sur les sentiments nés dans l’immédiate après-guerre et qui décideront des orientations politiques anglaises notamment en matière de défense et politique étrangère.

On comprend aussi l’envie, le besoin de ces tentatives (parfois désespérés) pour atteindre l’Everest, par une partie de ces hommes profondément hantée par l’expérience de la guerre ou par les pertes de proches ou d’amis. Cette volonté de conquérir l’Everest à titre de rédemption pour eux-mêmes, mais aussi pour l’Empire britannique.

Car c’est le second aspect instructif du livre, un portrait de cette classe moyenne supérieure destinée à servir la grandeur du dessin impérial britannique (soit dans l’Armée, dans la fonction publique notamment aux Indes ou dans l’enseignement). Ce véritable embrigadement, façonnage de cette véritable caste sociale pour servir.
Ainsi, la conquête de l’Everest ne peut être le fait que de Britannique ou plutôt d’Anglais (à la rigueur des Écossais, mais surtout pas des coloniaux comme ces rustiques Canadiens ou voyous australiens). Le peuple destiné à éclairer le monde (dans un Empire où le soleil ne se couche jamais) se doit de conquérir la dernière terre vierge au monde.
On a ainsi un éclairage très utile sur ce monde anglais type de l’époque (et touchant aussi à sa fin).

Le troisième aspect touche au Tibet dont l’auteur fournis quelques précisions historiques (très utile là encore, pour comprendre davantage la situation actuelle et le lien chinois), ainsi que sur l’évolution de la perception du bouddhisme. D’une religion barbare, pratiquée par des gens détestables et incultes, dans un pays ignoble selon les premiers témoignages des explorateurs et journalistes anglais au début du XXe siècle. On est bien loin de l’image actuelle.

Enfin, le dernier élément (essentiel) touche à l’aventure de l’Everest et de l’alpinisme avec en toile de fond le destin tragique de George Mallory. Je reconnais ici avoir passé un peu rapidement les pages. C’est intéressant notamment les débats sur l’utilisation de l’oxygène (et la conception des premiers appareils), les méthodes d’explorations et de montée employées, les difficultés terribles pour les ascensions. Il est probable qu’une personne ayant un fort intérêt pour ce sujet sera passionnée par le récit. Rien à dire, c’est ultra précis, complet et très bien écrit.

C’est globalement, la conclusion qui me vient. L’auteur a réalisé un travail impressionnant de recherches. Chaque participant fait l’objet d’une longue étude sur sa vie, avec l’utilisation de multitude d’extraits d’archives, correspondances ou journaux privés. Chaque aspect touchant de près ou de loin (l’expérience de la guerre, l’administration du Raj, l’exploration des confins des Indes et de l’Himalaya, les relations Russie – Royaume-Uni-Unie à la fin du XIXe siècle, le cas du Tibet…, etc…) est largement analysé et précisé par l’auteur. C’est réellement impressionnant et, de surcroît, très bien écrit (avec une assez bonne traduction, malgré quelques erreurs : par exemple, un Lieutnant dans l’armée britannique est un Officier et non un Sous-Officier…) et agréable à suivre. Le gros défaut est là encore sur cette précision extrême qui pourra rebuter certains lecteurs.

Il est évident que toute personne passionnée par l’alpinisme trouvera un intérêt dans ce morceau d’histoire. Mais, le livre est aussi très instructif pour un autre lectorat en fournissant un tableau passionnant de cette caste sociale britannique en cette période bien précise, ainsi que l’expérience vécue de la guerre qui constitue finalement le début de sa fin.

NB : à noter aussi un cahier photo au milieu, et quelques cartes.

 

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La Guerre des Russes Blancs

MARIE, Jean-Jacques. La Guerre des Russes Blancs. Tallandier, 2017. 524 p.

Cherchant actuellement à me renseigner sur le sujet, j’ai noté l’existence de ce livre récent (mars 2017), j’en ai fait l’achat pour deux raisons essentielles :
– l’auteur est un spécialiste de la période, j’avais notamment fortement apprécié son Histoire de la guerre civile russe (1917 – 1922) ;
– la thématique : les Russes blancs, or force est de constater que mes connaissances limitées étaient souvent basées sur une vision rapide du conflit vue sous les l’œil des vainqueurs bolcheviques.

Effectivement, l’ouvrage est particulièrement intéressant en éclairant les événements vus de l’autre camp (ou plutôt des autres camps), quoiqu’il convient à mon sens d’en faire la lecture en parallèle d’une histoire plus générale sur le sujet afin de faire correspondre les différents faits (les Rouges n »étant abordé ici qu’indirectement et de façon très limitée). Un lecteur n’ayant pas une connaissance globale pourra être, ainsi, quelque peu perdu pour comprendre les enchaînements.

Pour le reste, le livre comme son titre l’indique traite des différents groupes de Russes blancs et permet de comprendre les raisons de l’échec malgré une situation à plusieurs reprises très favorable :
– une incapacité à présenter un front uni avec des armes séparées entre les volontaires de Denikine au sud (Caucase), ceux de Kolchak à l’ouest (Oural / Sibérie) et du nord (avec divers commandements et groupement entre Mourmansk, Arkhangelsk et les Pays baltes). On comprend aisément qu’il y avait une occasion d’encercler l’adversaire par des manœuvres communes, ce qui ne sera jamais le cas par manque de volonté ;
– une division interne entre les différents mouvements, par exemple les volontaires de Denikine et les différents groupements Cosaques en raison d’agendas politiques différents ;
– la crise de discipline entre les pillages massifs (voir tueries) motivant davantage les troupes, la corruption grandissante et les arrières encombrés d’officiers préférant une sécurité (et trafic financier) au front. Résultat, un manque de réserve et surtout une force combative très en deçà des besoins faute de combattants ;
– une incapacité à mettre en place un programme politique consensuelle des responsables préfère remettre les décisions à la future assemblée constitutionnelle : résultat aucune décision sur la redistribution des terres, le maintient de la Russie une et indivisible. Le tout provoquant une aliénation des groupes autonomise cosaques et indépendantiste finlandais, baltes, polonais ou Ukrainien. Là encore, l’incapacité a incarné un front commun ;
– un mouvement finalement fortement ancré sur une base sociale limitée : les officiers et les classes supérieures souvent nostalgiques d’un ancien ordre, limitant (en complément de l’incapacité à formuler un choix politique) la motivation des paysans majoritaire pour s’engager sérieusement à leurs côtés.

Finalement, la défaite des différents mouvements blancs s’apparente essentiellement à une mauvaise compréhension de la signification d’une Guerre civile, laquelle ne pouvait pas être uniquement obtenue par une victoire militaire, mais avant tout par une réponse politique susceptible de faire contrepoids à l’offre adverse. S’y ajoute finalement une motivation parfois limitée entre des groupements cosaques lassés de la guerre (où ils ont payé un prix très fort) et déçus par l’absence d’une réelle position sur l’autonomie de leurs régions et des Officiers cherchant souvent la sécurité des arrières (et les avantages financiers). On sent clairement sur la fin cette sensation de fin d’un monde ou chacun cherche à récupérer un maximum face à l’incertitude.

Le gros point fort du livre tient aussi aux très nombreux témoignages, que ce soit d’acteurs inconnus ou des principaux responsables (notamment Dénikine et Wrangel).

Il est à noter aussi que l’auteur s’appuie en grande partie sur des publications russes, non traduite en Français, ce qui est toujours très appréciable.

On pourra juste regretter quelques points mineurs :
– l’auteur semble parfois par certains propos, réflexions ou comparaisons pencher plutôt en faveur des « Rouges », ce n’est cependant pas réellement problématique puisqu’il conserve une impartialité dans le texte ;
– quelques cartes auraient été fort pratiques pour situer sur la carte certains lieux pour les personnes non spécialisées dans la géographie russe.

En conclusion, un livre probablement indispensable pour appréhender la Guerre civile russe, mais qui doit être lu en parallèle avec un ouvrage plus global pour comprendre pleinement les différents événements.

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La RAF en France – Mai 1940

GILLET, Arnaud. La Luftwaffe à l’ouest – Les victoires de l’aviation de chasse britannique (10 mai 1940 – 23 mai 1940). Béthenville : Arnaud Gillet, 2008. 431 p.

 

Effectuant des recherches sur l’historique du No.615 (County of Surrey) Squadron durant la Campagne à l’ouest en mai 1940, je me suis retrouvé confronté à la difficulté de trouver des informations en raison du manque d’archives disponibles et du peu de littérature sur le sujet.

Je me suis, donc, orienté vers ce livre consacré à la chasse britannique durant cette campagne, d’où quelques réflexions :

1 ° : Tout d’abord sur la forme, on est confronté à un gros pavé (431 pages), et encore il me concerne que la période allant du 10 mai 1940 au 23 mai 1940.
2 ° : La présentation est correct, mais on ressent clairement l’édition non professionnelle (à compte d’auteur) de l’ouvrage. Il n’est pas toujours aisé de trouver les informations précises. L’absence d’un index est assez problématique. J’ai, ainsi, souvent été contraint de reprendre page par page pour trouver l’information recherchée.
Les illustrations sont assez nombreuses, ainsi que plusieurs cartes pour restituer les différents combats.
3 ° : On voit bien le très gros travail de recherche de l’auteur à travers les nombreux documents employés (allant d’archives britanniques et françaises), ainsi de de nombreux témoignages (quoique dans la majorité des cas provenant des différents rapports de combat).
4 ° : J’ai énormément apprécié le fait que l’auteur cherche à faire un travail relativement impartial en cherchant à croiser avec les archives allemandes ou en cherchant les preuves des revendications britanniques. Cela change de certains travaux qui ont tendance à assimiler Revendication = Victoire. Tout le travail de recherche et d’analyse de l’auteur apparaît ici et il est très impressionnant. On est tout sauf dans une compilation de documents, mais un réel travail de recherche, ce qui est très appréciable. Ainsi, on retrouve dans une des annexes en fin d’ouvrage, une série de revendications (cas exemple celle de Hedley N. Fowler) qui ont été écartées faute d’indices sérieux.

On est clairement sur un ouvrage de référence et incontournable, pour toute personne souhaitant se documenter sur la RAF dans les événements de mai 1940 (et en plus, en français), en de nombreux points très supérieurs à plusieurs publications anglaises.

On pourra juste regretter les quelques réflexions de l’auteur, qui hérisse quelque peu à la lecture. Mais, je pardonne bien volontiers considérant la qualité des recherches de ce livre qui compense véritablement les nombreuses zones d’ombres sur la participation de la RAF, surtout qu’ils n’impactent pas sur le résultat du travail.

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La Guerre d’Hiver : Finlande – URSS

CLERC, Louis. La Guerre Finno-Soviétique (novembre 1939 – mars 1940). Econimica, 2015. 212 p.

 

Le cas de la Finlande durant la Seconde Guerre mondiale m’a toujours impressionné, quoique jusqu’à présent je m’étais surtout concentré sur le cas aérien notamment à travers les travaux (en anglais) de Kari Stenman. Souhaitant actuellement étendre un peu des intérêts hors du domaine strictement aérien, j’ai cherché à me documenter davantage sur la Guerre d’Hiver et celle dite de Continuation.

Je suis, alors, tombé sur ce livre qui m’a rapidement attiré pour plusieurs raisons :
1 ° : Il est en français, cela change de lire en anglais ;
2 ° : On est rarement déçu par la qualité de la collection « Campagne et Stratégies » chez Economia ;
3 ° : L’auteur est signalé comme enseignant à l’Université de Turku en Finlande, ce qui laisse supposer un accès aux archives et documentations du pays, et non comme trop souvent à partir de sources secondaires traduites. Sur ce point, aucune déception vu la très riche bibliographie, dont une grosse partie en Finlandais.

Pour le reste, l’ouvrage est assez classique pour ce type d’histoire militaire, je ne reviendrais pas dessus.

Le gros intérêt réside dans quelques découvertes (tout au moins pour moi) :
1 ° : Si l’armée finlandaise a combattu héroïquement vu ses moyens, force est de constater que la Guerre d’Hiver se termine par un véritable miracle pour le pays. À la fin de la campagne, l’armée finlandaise est au bord de l’effondrement complet et il aurait été très facile pour l’Armée rouge d’occuper le pays. Heureusement pour les Finlandais, les dirigeants soviétiques sont impatients d’en terminer.
2 ° : Malgré sa résistance, le traité de Paix est extrêmement lourd sur le plan territorial pour la Finlande. On est loin de la semi-victoire ou défaite honorable souvent présenté. On comprend ici aisément la suite des événements et l’alliance avec l’Allemagne en 1941.
3 ° : Paradoxalement cette défaite se transforme partiellement en victoire du fait que le pays évite une annexion (ou Protectorat) par l’URSS. En outre, le souvenir de cette Guerre d’Hiver poussera les Soviétiques à accepter une paix de compromis en 1944 qui évitera à la Finlande d’être englobée totalement dans la sphère d’influence soviétique après la guerre.
4 ° : On est étonné par la faiblesse du soutien scandinave notamment suédois (malgré les traités et promesses d’avant-guerre). La Finlande est clairement laissée seule.
5 ° : À noter que l’ouvrage n’est pas uniquement sur la chose militaire, mais comporte de nombreux passages sur les structures sociales et l’attitude de la population afin de mieux comprendre cet affrontement de l’intérieur. C’est clairement ici qu’on voit l’avantage de disposer d’un auteur vivant sur place et lisant dans la langue locale.
5 ° : On appréciera beaucoup à la fin la petite mise en perspective sur le souvenir de cette guerre dans la mémoire russe et surtout finlandaise. Intéressant pour comprendre les positionnements sur le plan politique et international de ce pays actuel.

Clairement une synthèse de très haute qualité pour appréhender ce conflit parfois oublié ou présenté d’une façon très succincte. Et en français de surcroît.

Il ne reste plus qu’à espérer une suite sur « La Guerre de Continuation ».

NB : Juste deux (petites) critiques, l’absence d’illustration (mais c’est propre à la collection) et les cartes relativement peu lisibles (souvent en gros zoom et avec une multitude de noms de villages ou lieux, pas évident lorsqu’on ne maîtrise pas la géographie locale).

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